Au coeur du monde francophone, les collectivités locales et tout particulièrement les Régions ont toutes une place spécifique et un rôle à jouer au service du développement de leurs populations et de leurs territoires. De par leurs compétences et les moyens qu’elles consacrent à la coopération internationale, elles peuvent aussi apporter un nouvel élan au développement de la francophonie.
Cette implication des collectivités territoriales a d’ailleurs été officiellement souhaitée par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) notamment lors des Sommets d’Hanoi en 1997, de Moncton en 1999, lors de la 3ème Conférence ministérielle sur la Culture à Cotonou en 2001 et plus récemment lors du Sommet de Montreux en octobre 2010.
Avec la conviction que l’expérience de terrain est le meilleur atout des Régions francophones et que la pratique de la langue française constitue une exceptionnelle plus-value, la Région Rhône-Alpes a organisé dès 2002 des journées spécifiques de rencontres dans un esprit
d’échanges d’idées et de savoir-faire.
Engagée dans de nombreux partenariats francophones, Rhône-Alpes a en effet pris l’initiative avec ses partenaires de réunir les collectivités régionales de l’espace francophone lors des «Premières Rencontres Internationales des Régions Francophones», les 3 et 4 octobre 2002 à Charbonnières, au siège du Conseil régional.
A cette occasion et compte tenu des enjeux identifiés par les participants, trois axes de réflexion et d’action ont été retenus :
Les Régions au service du développement économique
Le développement économique est une priorité majeure. L’espace économique francophone pèse à lui seul 3 500 milliards de $, soit 11,2% du PNB mondial. Les flux commerciaux francophones représentent 16% des échanges mondiaux. Cependant l’ensemble est très déséquilibré puisque 5 pays du Nord représentent à eux seuls 82% du PIB de l’ensemble francophone.
L’atelier a fait apparaître la disparité des problématiques posées. Les régions dites « riches » sont essentiellement concernées par la consolidation de leurs différents réseaux d’experts et de contacts d’affaires. Les régions «en développement» ont souhaité de leur côté voir s’implanter les premiers investisseurs ou investir directement avec l’aide d’un fonds d’investissement régional francophone qui reste à créer. L’ensemble des intervenants s’est aussi accordé sur la nécessité de développer plus de formations en langue française et sur l’utilité des réseaux d’anciens élèves.
Les Régions au service du développement personnel et humain
L’acquisition, l’échange et la diffusion des connaissances au plus grand nombre sont des enjeux essentiels. L’atelier a abordé le développement personnel et humain au niveau des différents cycles de formation : scolaire, universitaire, technique et professionnel. Plusieurs pistes d’actions ont été mises en évidence telles que l’expérience des classes bilingues, en insistant sur la prise en charge des formations et le perfectionnement des enseignants, la mise en place de procédures spécifiques en matière de visas afin de favoriser la mobilité des étudiants, des enseignants et des chercheurs, ou encore l’importance de la création d’un système dédié à l’accueil et à la mobilité des étudiants francophones.
Les Régions au service du développement culturel
La dimension culturelle de la francophonie est aussi un immense défi. Il convient d’identifier quelle peut être la plus-value des Régions francophones lors de l’élaboration, la réalisation ou la diffusion des oeuvres et des artistes francophones dans un environnement concurrentiel et mondialisé. De nombreuses pistes d’actions ont été suggérées en matière d’édition, de télévision et de cinéma: les coéditions, l’achat de livres scolaires pour les lycées en s’inspirant du « chèques culture » de la Région Rhône-Alpes, l’aide à la mise en réseau des petits éditeurs, la création d’agences régionales pour le livre, le développement de chaînes locales de télévision, la création d’une bourse d’échange d’émissions de TV régionales, la coproduction de films, l’organisation d’une semaine du cinéma francophone, l’envoi de matériel cinématographique dans les régions francophones partenaires…
Un Forum des régions a également été organisé pour donner la parole aux acteurs et représentants régionaux sur leurs propres initiatives en faveur de la francophonie. Initiatives locales, exemples à suivre, idées de projets concrets, ces rencontres se sont basées sur l’exemplarité et le rassemblement. En effet, c’est ensemble que des actions majeures pour la francophonie seront réalisables, avec la mise en commun de fonds et de moyens techniques et humains. L’objectif est d’aboutir à la réalisation d’actions communes précises au niveau régional et de développer à la fois les échanges Nord/Sud et Sud/Sud, cela sans se substituer aux rôles et aux compétences des Etats.
Il s’agit de « faire descendre » la Francophonie des Sommets et des Etats vers les populations et les territoires, et de conforter une nouvelle dynamique de coopération interrégionalefrancophone.
Après Lyon en 2002, Marrakech en 2005 et Bamako en 2007, l’AIRF a organisé en 2010 à Lyon, avec le parrainage de l’OIF, les Premiers Etats généraux de la Francophonie décentralisée : en encourageant les collectivités locales de l’espace francophone à prendre concrètement en compte les valeurs et les objectifs de la Francophonie, l’AIRF apporte chaque jour sa contribution à la création d’un grand espace francophone, ouvert, solidaire, prospère et respectueux de la diversité.